Un « printemps » des prisonniers palestiniens ?

Gilles Paris, samedi 12 mai 2012

Depuis le 17 avril, un tiers des 4 700 pri­son­niers pales­ti­niens détenus dans les prisons israé­liennes observe une grève de la faim.

Il s’agit d’un évé­nement dont l’issue reste à connaître mais qui a pris tout le monde de court. Il avait été pourtant annoncé par deux pré­cé­dents spec­ta­cu­laires. Le 21 février, Khader Adnan arrêté quelques mois plus tôt avait été libéré après une grève de la faim de 66 jours en signe de pro­tes­tation, notamment, contre la détention admi­nis­trative dont il faisait l’objet.

Même s’il vaut mieux être détenu en Israël qu’en Syrie ou qu’en Egypte, cette dis­po­sition à la déno­mi­nation par­ti­cu­liè­rement anodine héritée du Mandat bri­tan­nique permet aux auto­rités israé­liennes de détenir indé­fi­niment une per­sonne sans avoir à se jus­tifier d’un point de vue judi­ciaire. Elle concerne 310 détenus. Un peu plus tard, le 1er avril Hana Shalabi, arrêtée en février, était libérée et expulsée vers Gaza après avoir refusé de s’alimenter pendant 46 jours. Le nombre de détenus admi­nis­tratifs pales­ti­niens (source B’tselem)

Les détenus qui embar­rassent Israël par leur jeûne (lire cette note de Yaron Gamburg conseiller de l’ambassade d’Israël à Paris) réclament notamment la fin de la détention admi­nis­trative, la pos­si­bilité aux familles résidant à Gaza (cible d’un blocus israélien presque total s’agissant des per­sonnes) de rendre visite à leurs parents détenus. La Cour suprême israé­lienne, saisie sur le sort de deux gré­vistes de la faim, a refusé de s’impliquer dans cette affaire.

Cette opé­ration col­lective a pris de court les ins­tances pales­ti­niennes, qu’il s’agisse de l’Autorité pales­ti­nienne en Cis­jor­danie ou du Hamas à Gaza. Ce n’est pas la pre­mière fois que la base prend de court les direc­tions pales­ti­niennes comme l’avait déjà montré la pre­mière intifada. Elle rap­pelle l’importance de la prison pour le mou­vement national pales­tinien comme ins­tance de poli­ti­sation, a for­tiori dans un contexte de divi­sions internes et en l’absence de pers­pec­tives politiques.

Dans l’ouvrage col­lectif consacré au Mur déjà men­tionné dans ce blog, la cher­cheuse Sté­phanie Latte-​​Abdallah était revenue sur une décision peu remarquée prise en 2005 par Israël : celle de trans­férer les détenus admi­nis­tratifs pales­ti­niens de la res­pon­sa­bilité de l’armée à celle du Service des prisons israélien, où ils sont mêlés aux autres détenus de droit commun. Une volonté évi­dente de dis­soudre la dimension de pri­son­niers poli­tiques de cette détention par­ti­cu­lière, prin­ci­pa­lement appliquée aux Pales­ti­niens, à laquelle la grève d’aujourd’hui apparaît comme une riposte.