Palestine : une brève histoire de l’Etat-Fayyad

Gilles Paris, samedi 19 mai 2012

Vous avez manqué, par las­situde, les der­nières années du dossier pales­tinien ? Lisez Duquesne !

Diplomate émérite (disons tout de suite, pour parler clair, que sa fré­quen­tation régu­lière est appréciée ici) Pierre Duquesne est ambas­sadeur chargé des ques­tions éco­no­miques de recons­truction et de déve­lop­pement au Quai d’Orsay. A ce titre, il s’est occupé de l’Afghanistan, d’Haïti et des ter­ri­toires pales­ti­niens. C’est à ce dernier sujet qu’il consacre un article publié dans la revue Mondes (numéro 10) éditée par le ministère des Affaires étran­gères français. L’occasion pour lui de revenir sur une expé­rience paradoxale.

En décembre 2007, une confé­rence des dona­teurs est orga­nisée à Paris pour appuyer le dernier pro­cessus poli­tique israélo-​​palestinien en cours, celui d’Annapolis. Sans sur­prise, cette ultime ini­tiative de George Bush s’enlise. Curieu­sement, le pro­gramme d’aide inter­na­tional, lui, fonc­tionne. Non seulement les Pales­ti­niens obtiennent réel­lement plus de dons que ce qu’ils ont demandé ini­tia­lement, mais ils en font plutôt un très bon usage sous la hou­lette de Salam Fayyad, un ancien haut fonc­tion­naire inter­na­tional placé par les par­rains occi­dentaux du dossier au coeur de l’Autorité pales­ti­nienne à partir de 2002 (il vient d’être reconduit dans ses fonc­tions de premier ministre).

C’est le "prin­temps" et "l’été" de cette expé­rience, selon le découpage poé­tique retenu par Pierre Duquesne, qui assure côté français le suivi de cette confé­rence, même si Gaza reste à l’écart du mou­vement. En 2009, celui qui a été chargé de lancer gra­duel­lement les fon­da­tions de la Palestine qui doit naître en parallèle de dis­cus­sions poli­tiques, M. Fayyad, évoque "un Etat pales­tinien dans deux ans".

En dépit de ses succès, l’expérience, pourtant, va tourner court et entrer pro­gres­si­vement dans son "automne". En 2011, l’Autorité pales­ti­nienne subit, selon l’expression de Pierre Duquesne un "crash test" à l’échelle des ter­ri­toires avec le début de "fatigue" des dona­teurs, un ralen­tis­sement de la crois­sance et des retards de paie­ments israé­liens (les fameuses rétro­ces­sions du produit des taxes perçues par Israël en lieu et place des Pales­ti­niens). En dépit du choc, l’Autorité tient bon alors même qu’aucune pers­pective poli­tique ne s’esquisse. C’est d’ailleurs dans ce vide sidéral que les Pales­ti­niens vont lancer leur ini­tiative de recon­nais­sance à l’ONU, un mauvais calcul diplo­ma­tique qui ne débouche sur rien.

Depuis cette date a com­mencé un "hiver" pales­tinien, un gel dans une situation par­ti­cu­liè­rement instable, une notion sur laquelle insiste notre obser­vateur engagé qui veut encore croire à une ini­tiative inter­na­tionale pour en sortir avant une éven­tuelle faillite. Crois­sance des colonies israé­liennes, contrôle par Israël de 62% de la Cis­jor­danie (zone C), maintien par l’armée israé­lienne des res­tric­tions de cir­cu­lation qui empêchent (dixit la Banque mon­diale) le décollage d’un secteur privé, tout semble pourtant se liguer pour qu’au "crash" succède, tôt ou tard, un "clash".