Nétanyahou égale Sharon

Gilles Paris, mardi 8 mai 2012

En Israël, la poli­tique obéit à des lois assez natu­relles. La force d’attraction qui émane aujourd’hui du premier ministre Benyamin Néta­nyahou, star des son­dages et des inten­tions de vote, vient ainsi lui per­mettre d’attirer à lui le parti cen­triste Kadima qui a accepté dans la nuit de rejoindre le gou­ver­nement. Du coup la pers­pective d’élections anti­cipées est repoussée sine die alors que la Knesset avait voté son auto-​​dissolution en pre­mière lecture.

Comment un tel prodige a-​​t-​​il été rendu pos­sible ? Depuis 2009 et les élec­tions légis­la­tives que le parti cen­triste dirigé par Tzippi Livni avait rem­portées sans pour autant être en mesure de former un gou­ver­nement, l’identité de cette for­mation créée par Ariel Sharon après le retrait de Gaza (contesté par l’appareil du Likoud) s’était réduite au refus d’entrer dans une coa­lition nationale sous l’autorité de M. Nétanyahou.

Le rem­pla­cement de Tzippi Livni par Shaul Mofaz à la tête de Kadima et surtout la pers­pective d’une déroute à des élec­tions anti­cipées a conduit l’ancien chef d’état-major de Tsahal à renouer avec ses anciens amis du Likoud. Cou­tumier des revi­re­ments (on se sou­vient qu’il avait quitté abrup­tement le Likoud pour Kadima en novembre 2005 alors qu’il venait d’assurer par courrier le Comité central du parti natio­na­liste qu’il n’en ferait rein), M. Mofaz espère gagner du temps et un titre pres­ti­gieux au sein du gou­ver­nement. On doute pourtant qu’un tel via­tique lui per­mette de tirer Kadima des limbes dans les­quels il s’enfonce.

Après avoir déjà pro­voqué l’éclatement des tra­vaillistes (Ehoud Barak décidant de rompre avec sa famille pour conserver son poste de ministre de la défense), M. Néta­nyahou est donc parvenu à solder la crise de 2005 lorsque les déchi­re­ments de la famille natio­na­liste sur Gaza avait contraint Ariel Sharon (un ancien tra­vailliste, il est vrai, au final plus "sha­ronien" que tout autre chose) à quitter avec ses fidèles cette "vieille maison" pour se lancer dans l’aventure Kadima.

Confor­ta­blement ins­tallé au dessus de la mêlée comme le même Ariel Sharon de 2001 à 2005, M. Nétan­tyahou va pouvoir jouer les arbitres en laissant cen­tristes et ultra­na­tio­na­listes s’entre-déchirer. Pers­pec­tives pour le dossier pales­tinien pour lequel M. Mofaz avait esquissé quelques pistes pro­met­teuses il y a deux ans ? On parie sur la valeur en hausse, le statu quo, qu’on peut aussi appeler pourrissement.